Harry Koumrouyan, un premier livre sur l’identité

Par Laurence Bézaguet

Premier roman pour cet ex-directeur d’un Cycle d’orientation, devenu proche collaborateur de Charles Beer.

Harry Koumrouyan, au Café Remor de Plainpalais.  Image: Laurent Guiraud

Harry Koumrouyan, au Café Remor de Plainpalais. Image: Laurent Guiraud

Il a toujours espéré écrire un jour l’histoire d’une famille arménienne. Comme la sienne. «Mes parents sont arrivés à Genève en 1929, après avoir fui le génocide et le sud de la Turquie. Mes deux grands-pères, eux, n’ont pas survécu», raconte Harry Koumrouyan, qui vient d’exaucer son vœu en publiant «Un si dangereux silence», aux Editions de l’Aire. Il a fallu attendre que cet ancien haut fonctionnaire de l’Instruction publique prenne sa retraite en 2013: «J’ai mis du temps à trouver l’entrée. Je voulais un bon dosage entre la gravité de l’origine et la résilience possible. Je souhaitais aussi que l’histoire soit lue comme une histoire universelle pour tous ceux qui ont connu l’exil. Et pas seulement les Arméniens.»

Son premier roman raconte les retrouvailles d’une famille à l’occasion des funérailles du patriarche; celui-ci avait trouvé refuge à Genève après avoir échappé au génocide arménien. L’occasion d’un va-et-vient à travers le temps, les générations et les consciences et un subtil questionnement de l’identité. «Ceux qui me connaissent tentent de trouver des pistes autobiographiques. Mais c’est le délice de la fiction qui a animé mes écrits. J’ai eu une vie rigoureuse, j’ai incarné la loi et l’ordre tout au long de mes activités professionnelles.?Maintenant ça suffit», explique cet homme «consciencieux, diplomate et ouvert», selon les qualificatifs d’un ami.

New York à la folie

Un homme «à l’autorité souriante, ayant le sens de l’amitié, doté d’une grande courtoisie et d’une culture évidente», renchérit une proche. Un passionné de New York aussi, comme Harry Koumrouyan nous l’a appris au Café Remor de Plainpalais, «lieu qui inspire», où nous nous sommes rencontrés à son initiative.

«Un vieux bistrot bruyant et empli de va-et-vient comme je les aime où je ne pourrais toutefois pas écrire. Tu te laisses beaucoup trop distraire.» Harry Koumrouyan rédige en général au calme chez lui, près du parc des Bastions où il apprécie de se promener; dans la mégapole américaine aussi parfois, où il se rend de plus en plus souvent depuis qu’il a arrêté de travailler. «Il m’arrive de louer un appartement dans l’Upper East Side. J’ai des amis très chers à New York depuis quarante ans. Cet endroit développe tellement l’imaginaire! C’est devenu ma seconde ville.» Sans surprise, ce fief de l’immigration lui parle.

Né d’un père médecin et d’une mère enseignante, Harry Koumrouyan a suivi les traces de son aînée: «L’école occupe une place très importante pour les Arméniens, elle est même parfois survalorisée.» Ancien professeur de français, d’anglais et d’allemand, le sexagénaire a beaucoup aimé son métier: «On a l’impression de faire quelque chose d’utile. Et on ne s’ennuie jamais.» Ce d’autant plus dans son cas, lui qui est devenu directeur d’un Cycle d’orientation, puis chef du personnel avant de se rapprocher du pouvoir, comme proche collaborateur de Charles Beer: «J’ai un grand respect pour les hommes et les femmes politiques. On ne se rend pas toujours bien compte de la difficulté à faire aboutir des projets à Genève.» Lui ne sait pas s’il réussira à achever son second roman en cours. Il profite pour l’heure pleinement de sa première réussite: «J’ai enregistré mon livre pour des personnes mal-voyantes.» Pas surprenant là encore, lui qui a grandi aux côtés de Mireille, sa sœur handicapée. «Complices, nous communiquions autrement que par les mots. Mais à l’époque, le handicap était un sacré tabou et ma famille gardait ça pour elle. C’était lourd.»

Liens très forts avec son fils

Harry Koumrouyan n’a d’ailleurs de loin pas connu que de la douceur dans son existence. Son épouse, Mireille elle aussi, est décédée alors que leur fils Adrien avait 7 ans: «J’ai découvert, en tant qu’homme, la cellule monoparentale.» Une épreuve qui a renforcé les liens avec son étudiant en lettres et musicien de fiston.

Source: http://www.tdg.ch/portraits/Harry-Koumrouy...